Hier à Tout le monde en parle, j’ai eu l’occasion, comme beaucoup, d’écouter les propos de Hervé Kempf, auteur et journaliste au journal Le Monde.
M. Kempf nous présentait son nouveau livre, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Ce livre est la suite de Comment les riches détruisent la planète. Disons qu’il n’est pas un champion de la subtilité.
J’avais lu, plus tôt dans la semaine, une entrevue avec M. Kempf dans le journal Voir et j’avais bien aimé ce qu’il avait à dire. Voici quelques extraits de cette entrevue avec lesquels je suis en accord :
(En commentant les résolutions des pays du G20)
« Mais on a pu constater qu’on ne pose toujours pas les questions de fond que soulèvent les crises économiques mais aussi écologiques que nous traversons. Nous sommes toujours dans une logique de relance d’un système qui ne fonctionne plus. »
« En ne remettant pas en cause le rôle du FMI, par exemple, on renforce le rôle d’un des instruments qui, pourtant, a été à la source de cette hyper-libéralisation des marchés dont on connaît les conséquences désastreuses. »
« Quoi qu’il arrive, il faut orienter nos systèmes économiques de manière à ce qu’ils soient compatibles avec le contexte écologique. Créer des emplois qui contribueront au surcroît de la production matérielle aura nécessairement un effet négatif sur l’environnement. Il faut donc se distancier de cette obsession matérialiste qui est le propre de nos sociétés. »
Bon, je suis bien d’accord que de relancer un système qui a d’immenses failles n’est pas nécessairement une bonne stratégie et que les considérations écologiques doivent être omniprésente dans la refonte de nos économies. À ce point, tout va bien entre moi et M. Kempf.
J’ai commencé, par contre, à voir un autre aspect à son argument lors de sa présence à TLMEP. Sur le plateau de l’émission de Guy A., M. Kempf a littéralement « sorti » du capitalisme pour, semble-t-il, se ranger derrière le titre de son bouquin précédent (Comment les riches détruisent la planète).
Il s’en est sérieusement pris du petit groupe de « riches » qui détiennent une partie disproportionnée de la richesse du monde et il a suggéré qu’il fallait démanteler cette « oligarchie ». Cette « oligarchie » est, selon lui, un groupe d’hommes riches (ex. : Bill Gates) qui, grâce à leur immense fortune, jouissent d’un pouvoir aussi disproportionné que leur fortune.
La solution à ce problème, comme le propose M. Kempf, est de non seulement réduire l’écart entre les riches et les pauvres (ce qui est noble), mais de remettre cette richesse dans des mains collectives. Malgré le fait qu’il n’a pas défini cette collectivité, il était assez clair qu’il voulait dire le peuple. Dans une démocratie, le peuple, forcément, équivaut le gouvernement.
Micheline Lanctôt a immédiatement embarqué dans l’argument (elle semblait convaincue d’avance) et les deux semblaient être d’accord qu’il était inacceptable que l’oligarchie en question ne devait pas avoir autant de pouvoir. En autre mots, ce n’est pas Bill Gates qui doit contribuer à l’agriculture africaine ou le combat contre le VIH/SIDA. Ce n’est pas lui et sa conjointe Melinda qui doivent mettre plus de livres dans les bibliothèques de nos écoles. Ce n’est pas Guy Laliberté qui doit nous inciter à réduire notre consommation d’eau.
Selon M. Kempf, et bien d’autres, c’est le peuple, ou la collectivité, qui doit être chargé de ces décisions. Encore, il faut mentionner que les décisions de la collectivité se font par le biais de nos gouvernements.
Je veux bien, mais…
Malgré le fait que je tends traditionnellement vers la gauche politique, je ne suis pas encore convaincu que TOUTES ces décisions doivent être prises et mises en marche par nos gouvernements.
La question que je voulais que Guy A. pose à M. Kempf est la suivante : « Si votre souhait de transférer la richesse des ultra riches vers les gouvernements avait été exaucée il y a huit ans, auriez-vous été d’accord que ce soit George W. Bush qui décide plutôt Bill Gates? »
Je ne suis pas convaincu que M. Bush n’aurait pas tout simplement dirigé ces sous vers la défense nationale. En tous cas, il est certain qu’il n’aurait pas investi dans la lutte contre le VIH/SIDA.
Tout ceci pour dire que, dans une certaine mesure, je suis bien d’accord avec M. Kempf. Il faut repenser le système économique en s’assurant de la préséance de l’environnement dans toutes nouvelles politiques. Il faut tenter d’encourager la réduction de la consommation et la pérennité de nos projets.
Il ne faut pas, par contre, mettre tout le poids de cette crise sur « les riches ». Il ne faut pas, non plus, risquer de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Est-ce qu’il y a des « riches » arnaqueurs qui ont contribués à cette crise? Sans doute, mais il ne faut pas oublier que beaucoup l’ont fait avec l’aide, implicite et explicite, des représentants de la collectivité.