« Technically, cé still du français. »
Comme bien d’autres Acadiens qui voguent dans les eaux des la francophonie (mondiale ou canadienne), on m’a souvent posé une question particulière de nature socio-linguistique : Parles-tu le chiac?
Oui, en effet, je le parle.
Évidemment, je ne le parle pas très souvent depuis que je suis au Québec, mais mes amis et mes collègues veulent souvent que je leur fasse une démonstration. Ça me met toujours un peu mal à l’aise car j’ai tendance à parler chiac dans des contextes particuliers seulement (avec mon épouse, ma famille immédiate et mes amis d’enfance).
Quand je suis au travail, je me sers de mon langage de travail qui est plus poli et plus neutre. Ce n’est pas que je change mon accent (je suis un Acadien de Shédiac et les gens le décèle assez rapidement), mais je ne sors pas mon chiac dans une réunion d’affaire.
Quand on me demande une « performance » en chiac, je ne peux le faire naturellement. Je dois alors me référer à des phrases-types et je fini toujours par citer la chanson À Moncton de Marie-Jo Thério ou bien des extraits d’Acadieman.
Maintenant, je peux ajouter un merveilleux nouveaux bouquin à mon répertoire : Motché perfect : le chiac en poésie.
Anne Lévesque, une franco-ontarienne qui s’est installé dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, a pondu une œuvre importante qui réussi à saisir l’essence du chiac sans l’entouré de tout un débat sociolinguistique sur l’érosion du français en Acadie. Elle a bien fait ses classes et ses textes sont incroyablement fidèle au chiac que je parle depuis ma naissance.
En voici quelques extraits :
Le U-Haul
Y vont chercher le trock
Y passent la journée à paqueter
Pis off they go
Le U-Haul a parti en feu
Shé pa you
Y’a hallé su ‘l bord du ch’min
Y’a callé Nine-One-One
Tousse qui ownions a brûlé
Y’avaient inque le linge su ‘l corps
J’feel mal pour zeux
Parlee Beach
Hopefully, i’ fera right beau pour la week-end
Ça annonce right beau
Jusse des passing cloud
J’aimerais planné d’aller à la beach
I’ avait un enfant hysterical l’autre jour
Conne-trai-ri!
T’essaie pas d’ reasonner avec un kid…
Les cellphone pis les enfants hysterical,
Ça devrait être banné sur la beach
Pis les Québécois en Speedo…
Ma chum d’enfance vit là-bas et elle le parle… c’est tellement différent de l’accent du nord du NB! J’adore la diversité qu’on peut retrouvé à ce niveau en Acadie
Par Shandara le 26 juin 2009
à 11:57
quelle beau language ! En tout cas par écrit, on comprend pas pire.
J’ai un livre de recette acadienne, il y a des recettes de toutes les régions. Du fricot à la belette, tu connais ?
J’ai aussi appris que les “pet de soeur”, dépendant des régions peuvent s’appeler rosettes, rondelles, hirondelles, bourriques de vieilles, bourriques de soeurs ou bourriques de viarges. À Shédiac, cé kwa ?
Marie-Jo quand elle chante Cajuns de l’an 2000 est pas mal non plus !
Par rainette le 26 juin 2009
à 19:27
Je vais dire comme toi, Phoff, elle a saisi le rythme du chiac et a su le transmettre sans verser dans la farce, du moins selon les extraits que tu donnes. Qui a publié le recueil? C’est pas Perce-Neige, j’imagine. J’ai cru comprendre que le chiac fait pas mal froncer des sourcils dans ces ligues-là. Hehe.
J’aurais envie de dire du même souffle qu’on voit dans ces extraits tout le problème de la codification d’une langue qui reste surtout orale, même si on s’en sert de plus en plus pour créer des textes, sans parler du respect des règles grammaticales du français qui devrait tout de même s’imposer (yeah yeah, ça sonne snob mais c’est un vrai problème, pas juste dans ce cas-çi). Puis il y a toute la question de l’italique, qui doit servir à signaler la présence d’une langue étrangère dans un texte; mais l’anglais, s’agissant du chiac, est-ce vraiment un élément étranger en soi? C’est une question que se posait France Daigle en écrivant Petites difficultés d’existence…
En tout cas, merci d’avoir alimenté mon geek-out du samedi soir! J’ai hâte que tu déposes tes boîtes plus près d’ici pour qu’on puisse fendre les cheveux en quatre comme il faut avec ton frère.
Par Sonya le 27 juin 2009
à 19:31