Ce qui se passe en Acadie (musique)

haybabies

Volé du statut Facebook de Carol Doucet, l’imprésario par excellence de la scène musicale acadienne :

Meilleure réponse ever de la part des Hay Babies à un Québécois qui leur demande : « Qu’est-ce qui se passe en ce moment en Acadie, c’est vraiment hot ce que vous faites ! » Et la réponse des filles : « Ça s’est toujours passé comme ça chez nous ; le reste du monde commence juste à s’en rendre compte maintenant ! »

Les débats sur la langue acadienne et le chiac ont fait rage cet automne, autant au Québec qu’en Acadie, grâce à la popularité des artistes acadiens Radio Radio et Lisa LeBlanc. C’est un faux débat et même si des tontons comme Christian Rioux ne démordent pas, d’autres, comme Pierre Harel, on vu la lumière du jour.

Je n’ai pas vraiment donné mon impression de cette l’affaire Christian Rioux, mais je me rapproche beaucoup de la pensée de Rémi Léger sur cette question : Traîner la culture acadienne dans la boue (Le Devoir)

Il y a aussi la merveilleuse réponse de la grande dame de la langue française, Antonine Maillet, aussi dans Le Devoir. Un extrait :

« La langue, amalgame de mots transmetteurs d’idées, d’images, de sensations, de désirs, de rêves audacieux mais toujours inassouvis, la langue qui nous distingue de tous les autres vivants, du lichen au chêne au chien savant, restera à jamais le don le plus imaginatif qu’un dieu farfelu et délirant pouvait inventer… puis nous confier à nous, les êtres parlants.

Si vous pensez que j’ai l’intention de m’en priver, de faire le bec fin sur mon héritage ! Surtout que le mien – et forcément le vôtre si vous me lisez – est descendu en droite ligne de la tour de Babel, a traversé des millénaires de turbulences, fut happé par divers courants-jets, pour aboutir dans les pales des éoliennes plantées dans la bonne terre rouge de l’Île-du-Prince-Édouard, mon voisin d’en face. »

Antonine Maillet est la preuve qu’il y a des choses qui se passent en Acadie depuis bien longtemps. Mais, elle n’est pas seule.

Retournons à nos moutons (ou, à nos brebis, en l’occurence!). Pour ceux qui ne les connaissent pas, Les Hay Babies est un trio à découvrir.

La naissance de la Sagouine

Bonne fête nationale de l’Acadie!

Pour moi, il n’y a pas de meilleure façon de célébrer ce grand jour que de me remémorer les bons souvenirs d’un matin bruineux au mois de mai. J’ai eu, à cette occasion, l’énorme privilège de passer 90 minutes avec la plus grande écrivaine francophone en Amérique. Voici l’article que j’ai pondu sur Antonine Maillet et l’anniversaire de la publication de La Sagouinesuite à cette rencontre : Lire l’article

Vive l’Acadie!

La langue est bien plus que les mots qui sortent de la bouche

En lisant le manifeste de la naissante Coalition pour l’avenir du Québec, j’ai réagi au passage suivant :

« La présence depuis plus de 400 ans d’une majorité francophone sur notre territoire fait du Québec une nation singulière en Amérique. On ne saurait nier le caractère fondamental de la langue française dans la définition de notre société. C’est elle qui nous rassemble et nous distingue. »

C’est l’utilisation de la locution « la langue française » dans la dernière phrase qui a retenu mon attention. Instinctivement, j’aurais eu le réflexe de remplacer le mot « langue » par le mot « culture ».

Pourquoi? Parce que, à mon avis, ce qui distingue la culture francophone n’est pas simplement le fait que les gens parlent le français, mais qu’ils vivent en français. Il y a, dans cette nuance sémantique, une différence énorme.

Cette réflexion m’a porté à me remémorer un souvenir lointain d’une discussion intéressante sur la langue et la culture avec un collègue albertain. Il vivait et travaillait à Montréal depuis quelques mois seulement et, de façon respectueuse, a affirmer ne pas comprendre pourquoi le Québec, dans le contexte politique du Canada, insistait tellement sur sa « culture distincte ». Pour lui, les Québécois, et autres francophones n’étaient que différents parce qu’ils parlaient le français. Simplement parce que les mots qui sortaient de leur bouche n’étaient pas comme les siens.

A titre d’exemple, il pointe vers nos amis dans l’Atlantique, les Terre-neuviens et affirme qu’eux, en raison de leur isolation et de leur culture particulière, sont tout aussi « distinct » que les Québécois. Il se demande alors pourquoi les Terre-neuviens n’ont pas les mêmes tendances indépendantistes que les Québécois.

D’abord, j’ai du lui dire que le sentiment d’appartenance au Canada chez nos voisins à l’Est ne fait pas l’unanimité. Deuxièmement, je lui ai expliqué que, à mon avis, ce qui rendait les francophones et les Québécois n’était pas que leur langue, mais leur culture. « C’est quoi la différence? » me demande-t-il.

« Est-ce que tu connais Robert Charlebois? » Non, répond-il. « Est-ce que tu connais Michel Tremblay? » Non plus. « Est-ce que tu connais Passe-Partout »? Non.

Justement.

Pourtant, lui, Albertain, a grandi en regardant Sesame Street et Mr. Dressup comme ses compatriotes dans les autres régions anglophones su Canada. Ils ont des références culturelles semblables. Les Québécois du même âge, eux, ils ont regardé Passe-Partout et Bobino et Bobinette. Lui, il écoute aujourd’hui les grandes vedettes musicales américaines, tandis que beaucoup de Québécois de sa génération écoutent aussi Malajube, Karkwa et Mes Aïeux. Il n’a jamais entendu parler de ces groupes. Il n’a jamais vu un film de Denys Arcand. Il n’a jamais lu un livre écrit par un francophone.

Certes, une culture ne se définit pas que par ses créations artistiques, mais ces quelques exemples démontrent bien que le gouffre qui sépare malheureusement les deux solitudes est bel et bien en place, aujourd’hui, comme avant.

J’ai eu une pensée pour mon ancien collègue quand, lors du match de hockey à Calgary du weekend dernier, on a chanté d’abord l’hymne national américain et ensuite celui du Canada…entièrement en anglais. L’équipe qui opposait les Flames? Le Canadien de Montréal. Pas un mot dans la langue de Molière.

This is not my Canada.

La Radio Radio

Le dernier disque du trio Hip Hop néo-écossais, Radio Radio, se trouve en magasin aujourd’hui. Pour les adeptes qui ont acheté le nouvel album via le site Internet du groupe, ils bénéficient déjà d’un excellent disque qui donne le goût de se déhancher. La critique, d’ailleurs, se fait élogieuse.

Le groupe était de passage sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche (ce qui est tout un exploit!) et, comme ils le font avec leur musique, on su charmer Guy A., Dany, la foule et les téléspectateurs.

Ce qui m’a accroché, par contre, c’est la partie de l’entrevue qui portait sur leur « Acadienneté ». Comme beaucoup d’autres artistes de l’Acadie, on a tendance à leur étamper le drapeau acadien sur le front et les classer dans une catégorie à part. Il n’y a rien de mal avec cette identification, sauf que, parfois, ça peut peser lourd.

Les gars de Radio Radio, des fiers Acadiens de la Nouvelle-Écosse, ont, à mon avis, clairement fait savoir qu’ils ne nient aucunement leurs racines, mais que celles-ci ne doivent pas les emboîter. Tous les artistes de l’Acadie ne doivent pas nécessairement devenir les porte-étendards de la culture acadienne.

En Acadie, nous avons tendance à nous définir par notre histoire. Ce n’est pas, forcément, une mauvaise chose – c’est même très important – mais il ne faut pas le faire au détriment de l’épanouissement de l’Acadie moderne.

Le groupe Radio Radio a les pieds fermement plantés dans l’Acadie moderne et – Guess What? – c’est parfait comme ça!

Transition de carrière

Je suis en pleine transition de carrière. Du Québec à l’Acadie. De la belle province à ma terre natale. De la poutine à la poutine râpée.

Je vogue dans une mer de sentiments, généralement positifs. La joie de retrouver ma famille et mes amis est parfois ponctuée de sentiments d’anxiété professionnels. Que vais-je faire comme travail? Aucune idée! Je saute dans le vide, mais avec un parachute. À la recherche… Avez-vous des idées?

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Motché perfect : Le chiac en poésie

Motché Perfect« Technically, cé still du français. »

Comme bien d’autres Acadiens qui voguent dans les eaux des la francophonie (mondiale ou canadienne), on m’a souvent posé une question particulière de nature socio-linguistique : Parles-tu le chiac?

Oui, en effet, je le parle.

Évidemment, je ne le parle pas très souvent depuis que je suis au Québec, mais mes amis et mes collègues veulent souvent que je leur fasse une démonstration. Ça me met toujours un peu mal à l’aise car j’ai tendance à parler chiac dans des contextes particuliers seulement (avec mon épouse, ma famille immédiate et mes amis d’enfance).

Quand je suis au travail, je me sers de mon langage de travail qui est plus poli et plus neutre. Ce n’est pas que je change mon accent (je suis un Acadien de Shédiac et les gens le décèle assez rapidement), mais je ne sors pas mon chiac dans une réunion d’affaire.

Quand on me demande une « performance » en chiac, je ne peux le faire naturellement. Je dois alors me référer à des phrases-types et je fini toujours par citer la chanson À Moncton de Marie-Jo Thério ou bien des extraits d’Acadieman.

Maintenant, je peux ajouter un merveilleux nouveaux bouquin à mon répertoire : Motché perfect : le chiac en poésie.

Anne Lévesque, une franco-ontarienne qui s’est installé dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, a pondu une œuvre importante qui réussi à saisir l’essence du chiac sans l’entouré de tout un débat sociolinguistique sur l’érosion du français en Acadie. Elle a bien fait ses classes et ses textes sont incroyablement fidèle au chiac que je parle depuis ma naissance.

En voici quelques extraits :

Le U-Haul

Y vont chercher le trock
Y passent la journée à paqueter
Pis off they go
Le U-Haul a parti en feu
Shé pa you
Y’a hallé su ‘l bord du ch’min
Y’a callé Nine-One-One
Tousse qui ownions a brûlé
Y’avaient inque le linge su ‘l corps
J’feel mal pour zeux

Parlee Beach

Hopefully, i’ fera right beau pour la week-end
Ça annonce right beau
Jusse des passing cloud
J’aimerais planné d’aller à la beach
I’ avait un enfant hysterical l’autre jour
Conne-trai-ri!
T’essaie pas d’ reasonner avec un kid
Les cellphone pis les enfants hysterical,
Ça devrait être banné sur la beach
Pis les Québécois en Speedo

Roméo LeBlanc : Un grand s’éteint

Cette semaine, l’Acadie, tout comme le reste du pays, a perdu un de ses plus grands ambassadeurs. Roméo LeBlanc est décédé dans sa demeure à la suite d’une longue maladie.

J’ai eu la chance de le rencontrer brièvement lors de deux événements protocolaires, mais ces courts moments ont confirmé ce que tous disaient à son sujet. Il était un homme fidèle à ses racines et il ne s’est jamais laissé emporter par ses succès.

Hier, l’équipe de Capacadie.com et de l’Acadie Nouvelle ont présenté un hommage à la hauteur cet homme qui a tant marqué l’Acadie et la Canada. Je vous suggère de prendre le temps de lire ces textes :

«Un homme modeste et humble» par Jessica Ébacher :

« Si les Canadiens, et surtout les Acadiens, se rappellent de Roméo LeBlanc comme un modèle d’espoir et d’inspiration, ceux qui le connaissaient ou qui le côtoyaient le décrivent comme un homme sans prétention, de cœur, gentleman et des plus humains. »

Des origines modestes par Jessica Ébacher :

« La volonté de Roméo LeBlanc de vouloir donner une chance à ceux qui n’en ont pas n’est pas étrangère à son histoire qui se destinait à être des plus simples. Comme si le destin l’avait choisi pour redonner aux suivants. »

L’Acadie perd un ambassadeur par l’équipe de l’Acadie Nouvelle :

« Celui qui a été le premier Acadien à occuper les fonctions de gouverneur général du Canada et dont la liste des réalisations humaines et professionnelles est impressionnante… »

Un héritage empreint d’humanité par Lyne Robichaud :

« L’héritage que lègue Roméo LeBlanc au peuple acadien va au-delà des mots. Homme politique qui a travaillé pour aider les moins nantis de la société, il demeurera dans la mémoire collective acadienne comme un modèle de persévérance. »

L’Acadie a perdu un grand homme, mais elle se porte beaucoup mieux grâce à lui.

Pas de place pour des anglophones au Québec

Alors, voilà. L’aile plutôt extrémiste du mouvement souverainiste au Québec à décider de mettre en application les recommandations de M. Parizeau et de créer une crise afin de faire « avancer » les choses.

Les groupes Bloodshot Bill et Lake of Stew, composés de musiciens anglo-québécois, devaient se produire pour le show de l’Autre St-Jean le 23 juin, mais l’Association culturelle Louis-Hébert a demandé le retrait des deux groupes. Apparemment, il n’y a pas de place pour les anglophones dans la fête nationale « de tous les québécois ».

Évidemment, les réactions n’ont pas tardés. Il y a en a de toutes sortes, mais la nouvelle a été plutôt mal accueillie. Plus tôt aujourd’hui, la ministre de la Culture a fustigé « La frange « intolérante » du mouvement souverainiste veut exclure les anglophones du paysage culturel québécois… »

Pour ma part, j’ai bien aimé le texte de Patrick Lagacé dans lequel il pose le problème sous un autre angle :

Imaginez une fête du 1er juillet alternative, dans un coin assez Anglo, genre certains coins des Cantons de l’Est ou le West-Island. Imaginez qu’on ait invité Marie-Pierre Arthur ou Vincent Vallières à jouer. Maintenant, imaginez que les organisateurs de cette fête soient obligés de flusher Arthur ou Vallières, parce que des excités auraient menacé de perturber le party, because we ain’t gonna listen to French music on Canada Day…

Imaginez le bruit des chemises déchirées.

Ouais, imaginez.

Pour ma part, je ne peux m’empêcher de penser à ma communauté acadienne et sa propre fête nationale. Est-ce que « nous » accepterions que Zachary Richard chante ses tounes en anglais lors d’un spectacle du 15 août?

Sans doute que oui (surtout que M. Richard est un demi-dieu dans la communauté acadienne), mais la comparaison est boiteuse. Néanmoins, je suis certain qu’il y aurait des Acadiens nationalistes qui soulèveraient un tollé.