La panacée des nouvelles technologies

MOOC hysertia

Si l’on se permet un regard historique  de la technologie, on constate qu’il y a très longtemps que les technologies servent à rendre la vie de certains humains plus facile. On peut commencer par le boulier et la presse et arriver aux ordinateurs et téléphones intelligents en passant par la révolution industrielle. Je dis bien « certains humains », car ces technologies ont toujours un impact plus prononcé sur les élites dans les coins du monde les plus aisés.

J’ai grandi à l’époque de l’arrivée des premiers ordinateurs personnels et, depuis les trente dernières années, j’entends le même discours : les ordinateurs et les nouvelles technologies vont permettre à tous de s’informer et de s’éduquer. C’est la démocratisation de l’éducation et de l’information. Une chance égale pour tous.

Un des exemples les plus récents est un article de Thomas Friedman, chroniqueur chevronné du New York Times, sur le sujet de l’heure dans le milieu de l’éducation, les MOOCs (Cours en ligne ouvert et massif ou Massive Open Online Courses). Ce sont des cours, souvent libres, offerts à distance par certains des plus grands établissements d’enseignement au monde.

Dans son texte, Friedman fait la déclaration suivante : « Imagine how this might change U.S. foreign aid. For relatively little money, the U.S. could rent space in an Egyptian village, install two dozen computers and high-speed satellite Internet access, hire a local teacher as a facilitator, and invite in any Egyptian who wanted to take online courses with the best professors in the world, subtitled in Arabic. »

Les réponses à cette affirmation n’ont pas tardé. Dans l’une des meilleures réfutations, Kris Olds définit parfaitement mes réticences envers la notion de ce que je nomme « les panacées technologiques » :

Moreover, forms of knowledge do not travel in an uncontextualized nor uncontested manner; they are built upon societally-specific assumptions, depend upon years of prior learning to make sense of, and sometimes rely upon geographically- and historically-specific case studies to ensure effective transmission and learning.

Il est vrai que la technologie nous permet de diffuser des cours universitaires partout le monde et, ce, assez facilement. Mais, le fait que nous pouvons le faire, n’est pas un gage de son succès et, encore plus important à mon avis, de sa nécessité.

C’est une attitude impérialiste de croire que ce dont le reste du monde a besoin est une éducation nord-américaine sans tenir compte du contexte social et culturel des « clients » potentiels.

Si l’exemple de Friedman, qui est d’envergure internationale, est plus facile à déconstruire, cela ne veut pas dire qu’un accès aux nouvelles technologies est une solution passe-partout ici en Amérique du Nord.

Dans l’État de Virginie, la commission scolaire Fairfax County Public Schools à du renoncer à son programme de manuels scolaires électroniques (d’une valeur de 2M $) car les dirigeants ont appris que l’accès à un ordinateur et à une connexion Internet à haute vitesse n’est pas accessible à tous.

Les nouvelles technologies doivent, certainement, faire partie intégrante de l’enseignement à tous les niveaux. Mais, il faut être conscient des inégalités inhérentes qui existent dans nos sociétés et il faut adapter l’usage et l’accessibilité de ces merveilleux outils afin que tous puissent en profiter pleinement.

Le rejet de la science et de la raison

Récemment, la Ontario English Catholic Teachers Association a pétitionné pour faire arrêter l’installation de systèmes d’Internet sans fil dans les écoles, car ceux-ci posaient un risque potentiel sur la santé et la sécurité des élèves et du personnel.

L’association d’éducateurs, il faut le dire, s’en est pris à l’Internet sans fil en se basant sur des interprétations scientifiques douteuses et des arguments circulaires. Il y avait aussi dans leur argumentation, une bonne dose de colportage de rumeurs.

Le chroniqueur du Globe and Mail, André Picard, a habilement remis les pendules à l’heure dans ce dossier dans un texte plus tôt cette semaine. À lire.

Les phrases qui tuent :

« It is hard to imagine why the OECTA would produce such an intellectually dubious report, essentially aligning itself with fringe groups. No matter how well-intentioned, surely there are a lot more pressing and real health concerns in its schools like childhood obesity and ensuring kids have safe routes to school. »

Enfants rois?

J’œuvre, depuis une douzaine d’années, dans le domaine de l’éducation postsecondaire et je comprends bien quels sont les enjeux financiers de la population étudiante au Canada. Très bien, même.

Néanmoins, quand je lis ou que j’entends des plaintes d’étudiants contre les frais de stationnement ou le manque de place dans les aires de stationnement, je bouillonne un peu.

Il y a certainement des défis liés aux transports des étudiants, surtout dans les centres qui ne sont pas bien desservis par les transports en commun. Ceci dit, j’ai toujours l’impression que ceux qui se plaignent pourraient faire preuve d’une certaine retenue. Il y a, à mon avis, des enjeux plus importants quant au financement de nos universités au Canada. Pour moi, les questions liées au stationnement sont un signe d’une population estudiantine un peu trop privilégiée.

Illettrés économiques

Un excellent texte sur la méconnaissance de l’économie comme sujet d’étude et comment les notions économiques ne sont pas enseignées dans nos écoles. Une lacune importante qui risque d’avoir un coût social élevé.

Citation pertinente :

« Et on ne parle même pas de l’école – il est scandaleux qu’il n’y ait à peu près aucune place accordée à l’économie et à la sociologie au secondaire. On peut, au Québec, avoir un diplôme de secondaire V sans rien connaître des enjeux sociaux, politiques et économiques contemporains. C’est quand même un comble !« 

Le fléau des enfants hyperstimulés

Je suis peut-être un mauvais parent, mais mon fils de 3 ans ne sait pas compter jusqu’à 10. Il ne connaît pas de poètes français. Il passe beaucoup de temps à jouer, par contre, tout seul, avec ses petites autos. Il se bâtit un univers avec ces bazous, et je sais qu’il y a de l’ordre dans cet univers.

Est-il surdoué? Je n’en ai rien à foutre. Je rêve, voyez-vous, d’un enfant moyen.

Qui saura lire, écrire, compter. Et qui sera curieux. Qui saura lancer une balle, botter un ballon, frapper une rondelle avec un bâton de hockey. Qui sera capable de se faire des amis. Qui n’aura pas peur de l’effort. C’est le gage d’une enfance salement plus heureuse que celle des enfants hyperstimulés qu’on a vus dans La Presse de dimanche dernier.

Mon épouse et moi avons lu le reportage de Katia Gagnon la semaine dernière et en avons discuté à maintes reprises. L’extrait de la chronique de Patrick Lagacé dans La Presse d’aujourd’hui est un véritable miroir de nos conversations.

Notre fils ressemble beaucoup à celui de M. Lagacé. Il compte jusqu’à 10 et connaît son alphabet, mais il ne peut pas lire ni écrire. Nous ne sommes pas convaincu, non plus, qu’il doit lire à 3 ans. Ni même à 4 ans.

Malgré nos convictions, il est parfois difficile de ne pas se poser des questions sur le développement de notre enfant quand des amis font l’éloge de leur petit qui peut lire et écrire à 4 ans.

Je peux bien comprendre que des parents veulent « compétitionner » avec leurs voisins.

Bravo Shédiac!

Il y a un peu plus d’un an, j’écrivais une chronique sur trois frères acadiens (les frères Bourgeois de Grande-Digue) qui ont tous les trois atteint le summum des études postsecondaires, le doctorat. Dans ce texte, je disais que « les frères Bourgeois sont sans doute exceptionnels, mais il y en a d’autres en Acadie qui font des choses intéressantes dans des domaines fascinants. »

Et voilà que, la semaine dernière, deux autres jeunes hommes, de Shédiac cette fois-ci, sont devenus les plus récents doctorants acadiens.

D’abord, le 12 mars, Joel Belliveau soutenait sa thèse de doctorat devant un jury du Département d’histoire de l’Université de Montréal. Le jour suivant, mon frère, Matthieu LeBlanc, faisait la même chose devant un jury du Département d’études françaises de l’Université de Moncton.

Dans ma chronique précédente, je mentionnais que, selon les données en 2001, seulement 3 660 Canadiens (sur 16 millions qui sont âgés de plus de 25 ans) ont terminé leurs études doctorales. C’est un pourcentage de 0,02 %.

Pas facile. L’exploit, par contre, devient encore plus impressionnant quand on considère que les deux sont issus du système d’éducation du Nouveau-Brunswick.

Je ne veux pas dénigrer le système d’éducation du Nouveau-Brunswick, loin de là, mais ce dernier figure depuis longtemps au bas de l’échelle canadien en matière d’éducation. Comme dans les autres provinces de l’Atlantique, le Nouveau-Brunswick tire de l’arrière en ce qui a trait au rendement des élèves en lecture (selon l’OCDE). À l’échelle du pays, il y a seulement une province qui a un pire taux d’alphabétisation (selon Statistique Canada).

Malgré ces difficultés, il y a des gens qui foncent, qui persistent, et qui atteignent des sommets impressionnants. Joël et Matthieu sont deux exemples récents. Félicitations aux deux!

Alors, est-ce que les jeunes qui fréquentent les écoles du Nouveau-Brunswick ont moins de chance de persévérer que leur confrères et consœurs du reste du pays? J’aimerais croire que non.

Récemment, le gouvernement du Nouveau-Brunswick semble vouloir s’attaquer à la question de l’éducation et il s’y prend, parfois, par des méthodes assez audacieuses.

D’abord, dans son plan d’action pour être autosuffisant, le gouvernement veut améliorer le système d’éducation « en plaçant les intérêts des élèves au centre de la prise de décisions en matière d’éducation. » Apparemment, ceci « transformera ses écoles afin d’y promouvoir l’innovation, l’inclusion et l’obtention de bons résultats. »

Plus récemment encore, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annoncé qu’il abolira le programme d’immersion précoce en français langue seconde à compter de septembre 2008.

Cette dernière décision est assez controversée et je veux lire davantage sur le sujet avant de me prononcer sur le sujet, mais elle est néanmoins un exemple de l’approche audacieuse que prend le gouvernement de Shawn Graham en matière d’éducation.

Mon côté optimiste espère que cette approche permettra à d’autres jeunes Acadiens de poursuivre leurs études.

Bienvenue à Silicon-Brunswick

Elle est où l’école la plus techno, branchée et multiplateforme au pays? Toronto? Vancouver? Montréal?

Non, elle est à Clair, un petit village de 863 âmes dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick. Disons que, avant cette semaine, c’était un secret bien gardé.

Dans le cadre d’un reportage sur l’utilisation des nouvelles technologies dans les écoles, Silvia Galipeau nous prépare trois excellents articles sur le Centre d’apprentissage du Haut Madawaska (C@HM). Les textes ont été rédigés dans le cadre du reportage « Le cartable ou le portable à l’école », un questionnement sur les bienfaits ou les méfaits des nouvelles technologies dans les salles de classe.

À lire : Le cartable ou le portable à l’école

Voici un extrait et des citations du directeur de l’école, Roberto Gauvin, qui résument ma pensée sur la question :

«Je n’emmène pas mes élèves sur YouTube, mais YouTube à mes élèves», se plaît-il à expliquer. Parce que quand un écolier sait qu’il va être regardé, écouté ou lu, il se prépare drôlement mieux, a-t-il constaté. D’où l’éventail d’outils technologiques mis à la disposition des classes.

L’an dernier, le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick a banni l’accès du site des Têtes à claques des écoles de la province. Au désespoir du directeur. Car des jeunes ont tôt fait d’envoyer des clips sur YouTube. «On va faire quoi, bannir YouTube? La solution, c’est d’éduquer, dit-il. Le jour où un élève aura un crayon planté dans l’oeil, est-ce qu’on va bannir tour les crayons?»